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Je ne comptais pas du tout songer cuisine aujourd'hui, mais après une matinée de boulot particulièrement épineuse je me sens comme un volcan. J'ai envie de me battre avec un gorille, d'escalader la tour Eiffel ou de défoncer tous les immeubles d'en face. Je pourrais soulever une voiture, tellement j'ai d'énergie exaspérée en moi.

Pour neutraliser ces pulsions, je vais vous entretenir d'un sujet qui me passionne en ce moment.

Samedi, j'ai acheté ceci
.:



C'est un plat à escargots.
Ou une "assiette" à escargots, on dit comme on veut.

Aucun escargot gluant n'a jamais franchi mes lèvres purpurines, et avant qu'un de ces fascinants mais ignobles bestiaux s'insinue dans mon gosier, il se passera... pfffff... un paquet de choses extraordinaires.

Dans de telles dispositions d'esprit, pourquoi aller m'acheter une assiette à escargots
.?



Parce que j'aime passionnément les alvéoles.
Je les aime à un point que vous ne pouvez imaginer. J'ai dû être abeille dans une autre vie. Depuis toujours, je suis fascinée par les petits trous bien alignés, j'ai une envie instantanée de les remplir.

Regardez ça... N'est-ce pas irrésistible
.?



Mais il n'y a pas que ça. Cette assiette aura une réelle utilité.

Il est question d'éveiller sérieusement Camille (ma fille de 10
.ans) aux légumes.

Camille aime le pain, le beurre, le Nutella, les frites, et se prétend allergique, comme son père, à toutes les crudités et tous les fruits crus. Ce qui limite pas mal les possibilités
.: ni carottes râpées, ni melon, ni avocat, ni tomates, ni pêches, ni pommes, ni poires, ni fraises... et j'en passe. (Encore que, il paraît qu'elle a mangé du melon et des fraises sans problème chez ma soeur pendant les vacances de Pâques, ça me tue, ça.!)

Malgré son intolérance, elle peut, tout comme son père et selon le contexte (cf. chez ma soeur), accepter une bouchée sans dégâts majeurs. J'ai donc l'espoir de la "désensibiliser" et de l'acclimater à divers goûts et saveurs, grâce au principe du "un tout petit peu, mais tous les jours".

J'attends à présent de cette assiette une aide décisive.

Si je mets une petite quantité de trucs qu'elle redoute dans quelques alvéoles, à côté d'une petite quantité de choses qu'elle adore, jour après jour elle aimera tout. En tout cas c'est mon pari.

Un jour, dans une émission, j'ai entendu dire qu'on apprenait à un enfant à aimer tel ou tel légume en l'y exposant une dizaine de fois, patiemment et en petite quantité.
J'ai vérifié l'excellence de cette méthode.

Voici donc le meilleur conseil que puisse donner un nutritionniste au parent en échec qui ne sait plus à quel saint se vouer
.: "Au lieu de caler devant le refus de mon enfant, je lui propose une bouchée tous les jours"...
A force, l'aliment fait partie du paysage de l'enfant. Et, de fil en aiguille,
il sera apprécié... Recherché même, peut-être.?

C'est tout simple, en fait. C'est efficace et ça se fait dans la douceur. Un tout petit peu contraignant certes (il faut y penser tous les jours), mais c'est grâce à ça que Camille aime aujourd'hui les courgettes et les haricots verts.
Au début, quand je lui en proposais une demi-assiette, elle trépignait. Puis après avoir entendu l'émission, j'ai limité mon offre à une seule cuillerée, mais cuillerée obligatoire. Elle a protesté pour la forme mais j'ai senti qu'elle était heureuse que je ne lâche pas prise et que quelqu'un lui impose une obligation somme toute extrêmement raisonnable et limitée.

Maintenant, elle aime certaines choses intéressantes sur le plan nutritionnel, on peut espérer lui faire manger autre chose que de lents poisons gras et sucrés, il y a vraiment du progrès.

Mais je ne me cache pas qu'il reste pas mal de boulot. Du côté alimentation végétale, on reste dans la zone rouge.

Hier, Camille a vu l'assiette à escargots dans la cuisine.
"Oh c'est quoi ce truc
.? C'est génial.!"
(Aaah, le charme des alvéoles...)
— C'est pour toi.
— Chouette, je me fais mon dessert dedans
.!
Et la loi de la nature a encore opéré
.: un peu de yaourt, un peu de compote, et le vide des alvéoles a vite été comblé.


Allez, on attaque les choses sérieuses. Camille est à l'école mais je vais me faire une assiette pour voir.

Combien de nourriture ces douze alvéoles peuvent-elles accepter.?

Je les remplis d'eau et verse le tout dans ma balance de cuisine.



OK, pas mal.
En gros, chaque alvéole peut accueillir le contenu d'
une cuiller à soupe à peine remplie, disons remplie aux trois quarts. Tiens j'essaie tout de suite avec un reste de purée de tomate.:



Et ça me plaît tellement que je fonce sur tout ce qui traîne dans le frigo.

Trois minutes à peine pour tout remplir.
Hop
.! C'est fait.:



J'ai mis six choses que Camille aime
.: surimi, camembert, tomate cuite, vache-qui-rit avec une "mouillette" de pain, gruyère râpé fin, gruyère râpé moyen.

Et six choses qui lui plaisent moins ou pas du tout
.: dés de fenouil, salade, gruyère en dés, vache-qui-rit sans pain, carottes râpées, dés de tomate crue.



Camille est à l'école mais je suis sûre qu'elle aurait trouvé ça joli. Elle aurait probablement approuvé
.: "oh ouaiiiiis.!" avant de ronchonner pour le principe devant ce qu'elle n'aime pas.:
— Ouiiin, mais tu sais que je ne peux pas manger de tomate crue
.!
— Une cuillerée tu n'en mourras pas. Allez, bon appétit
.!
Ronchonné mais sûrement accepté. La quantité ne vaut pas la peine de se battre et le coup d'oeil est joli.



Pareil pour la vache qui rit.
Je sais très bien qu'elle aurait râlé pour celle qui était sans pain, mais qu'elle aurait fini par l'essayer seule ou en association avec un des autres échantillons...



... en comparant gruyère fondu et gruyère râpé, par exemple
.?



Deux bouchées de salade, c'est supportable.
Et si je fais ça pendant quinze jours, il est évident que l'habitude sera prise.



Quant au fenouil, je lui en ai fait goûter hier soir, coupé fin, mélangé à de la batavia et bien assaisonné. Elle a pris deux bouchées, puis une troisième sans trop râler. Pas mal, comme changement.

C'est impressionnant quand je me la rappelle il y a un an seulement : les légumes la révoltaient, comme ils révoltent quantité d'enfants. Pour ne pas la braquer, je lâchais toujours prise avant la fin de l'assiette, au lieu de faire le seul truc intelligent (et le seul truc qui marche)
.: "une seule bouchée pour aujourd'hui et ensuite on passe à autre chose".



L'assiette de tout à l'heure, je suis sûre qu'elle l'aurait dévorée en quelques minutes.
En tout cas, moi je l'ai fait (d'une façon dégoûtante, ça je l'admets, mais je crevais de faim et j'étais d'humeur à me battre avec un gorille je vous rappelle).



Tiens j'y pense ! Mais ces assiettes d'échantillons, c'est vraiment un excellent truc à conseiller à ma soeur pour... quand elle rentre du boulot le soir et que ses quatre filles piétinent en attendant leur dîner
.!
Eh ben quoi, dans le genre "petit plat familial et rapide", c'est pas mal, non.? ;-)


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