Thème cliquable : oeuf - film alimentaire - papillote
J'aime tant l'oeuf à la coque — et cela depuis mon plus jeune âge — que son caractère éphémère me cause d'infinies frustrations.
Pourquoi éphémère.? Parce qu'un oeuf de poule moyen ne pèse que 60-63 g et que son jaune, objet de tout mon amour, ne pèse en moyenne que 20.g. Autant dire qu'on n'en fait qu'une bouchée si l'on est seul (quatre ou cinq bouchées délicates si on le déguste en société, sous la contrainte des regards).
Fait qui a considérablement aggravé cette impression de rareté, j'ai été élevée au.:
— "Aaaaaah non, pas plus d'un oeuf à la fois.!" jusqu'à mes 14.ans et 365 jours.
Et au.:
— "Aaaaaah non, pas plus de deux oeufs à la fois.!" à partir de l'âge de 15.ans.
Dans ce contexte de dramatisation, à onze ans à peine tapés j'ai commandé dans une aire de repos d'autoroute, chez Jacques Borel (ne vous foutez pas de moi ni de Jacques Borel, les haltes Jacques Borel coupaient fort opportunément les centaines de kilomètres passés à se chamailler avec mes frères et soeur quand nous partions en vacances dans la Peugeot familiale)... des oeufs sur le plat.
Je commande donc mes oeufs, suscitant ipso facto une oeillade réprobatrice de mes parents (mon père venait d'avoir un infarctus et il avait développé, avec l'aide de son cardiologue, une ovophobie quasi intégriste).
Quelques instants plus tard, que vois-je arriver sur la table, devant la petite Caroline.? Une assiette royale avec trois, oui tenez-vous bien, trois oeufs sur le plat.! Et une corbeille de petits pains insolemment frais qui ne demandaient qu'à être trempés dedans.
Dans la foulée de mon énorme bouffée de bonheur incrédule, est venue la terreur.: "C'est sûr, on va me kidnapper mes deux oeufs surnuméraires".
Et de fait, un de mes parents s'est avisé de commencer "Euh... ma chérie, tu sais, je crois que... (... je vais t'en prélever un ou deux, pour ton bien)". Je me suis alors hérissée comme un coq de combat, le rouge aux joues, les griffes en avant, dans un de mes premiers vrais élans d'indépendance (du genre "ce sera vous ou moi") et j'ai dit.: "Désolée, question de vie ou de mort, ces oeufs sont ma propriété personnelle et personne d'autre que moi n'y touchera. Sinon je m'en fous, je me trucide."
Ils ont dû sentir que c'était important pour moi et que j'étais implacablement prête à mettre le souk dans le Jacques Borel.: ils m'ont laissé mes oeufs. Souvenir merveilleux. J'y ai trempé mon pain, je me suis régalée, je me fichais de tout ce qui n'était pas ces trois oeufs, j'en ai profité comme il est difficile de l'imaginer.
Depuis, j'ai à propos des oeufs ce poids de la culpabilité ("c'est plein de cholestérol, tu ne devrais pas en prendre plus d'un") mélangé à cette hantise de ne pas assez en profiter, de ne pas assez enrober le pain de jaune gluant et savoureux, de ne pas assez le sentir sur le palais et sur ma langue. Il m'en faudrait au moins quarante pour bien apprécier, je crois.
Du jaune d'oeuf et du pain... Du pain et du jaune d'oeuf....
Mmmmm... on peut tourner et retourner ça dans le sens qu'on veut, c'est toujours aussi bon.
"Manger un oeuf à la coque et mouriiiiiiir...", telle pourrait être ma devise.
Je suis grande aujourd'hui. Et mes parents sont chez eux, nananère.
Trêve de babillage, je vais me faire plaisir cette fois.
NB. - Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir.
Vous avez vu "Papy fait de la résistance.?". Un de mes films-cultes. Jacques Villeret y mange un oeuf d'autruche, en y trempant une baguette coupée dans la longueur à titre de mouillette.
Depuis la première fois que j'ai vu ce film, je rêve de manger un gros oeuf comme ça, avec un énorme jaune.
Enquête faite, l'oeuf d'autruche pèse en moyenne 1,5.kg (imaginez... le poids d'un poulet du dimanche.!) et il faut la bagatelle de 2.heures pour le cuire.
Si le ratio jaune/blanc est identique à celui des oeufs de poule (1/3), cela donne un jaune de 500.g. Malheur, c'est pas croyable.!
Bon, je ne sais pas où on trouve des oeufs d'autruche et j'ai entendu dire (par quelqu'un qui évidemment n'en avait jamais mangé et le tenait de quelqu'un d'autre, comme d'habitude) que c'était très gras et écoeurant.
Soit. Je veux bien le croire d'ailleurs. J'ai vu Jamie Oliver à la télévision récemment, qui faisait une omelette à base d'oeufs d'oie. Déjà assez énormes. Et ils avaient un aspect hyper visqueux que je n'ai pas trouvé très attirant. Il paraît que tout comme les oeufs de cane ils sont souvent infestés par des salmonelles, et qu'il faut être prudent (ne pas les consommer à la coque notamment, pffff... je vous demande bien l'intérêt alors.!).
Impossible de trouver le poids d'un oeuf d'oie, même dans le "Quid". Tant pis. Mais c'est gros.!
[edit : merci à Laurange, qui nous annonce 200 g pour un oeuf d'oie – contre 60.g, je le rappelle pour un oeuf de poule].
Un oeuf d'autruche représente l'équivalent de 2.douzaines d'oeufs de poule... Un peu trop peut-être. Et puis, deux heures de cuisson, je n'aurai pas la patience d'attendre.
(Et puis surtout, je n'en ai pas.)
Je vais donc me "fabriquer" un oeuf à base de 6 oeufs de poule.
LE PRINCIPE : séparer les blancs et les jaunes, faire deux vastes ensembles que l'on cuit séparément (le blanc au micro-ondes, le jaune en papillote dans l'eau frémissante) et les réunir en un ensemble pour faire comme un gros oeuf.
Je vais vous montrer plus loin le dernier de mes 4 ou 5 essais.: le seul que j'estime réussi.
Mais avant cela, quelques étapes intéressantes parmi mes essais ratés.
• Oeuf sur le plat géant.:
J'ai rassemblé les jaunes pour les cuire mais je ne les ai pas "touillés" pour faire un jaune unique. Aïe, erreur.

Mais quand même bon.!
(J'ai à peine grillé le pain, il est chaud et juste un poil déshydraté en surface).:

Miam.!

• Premier essai d'oeuf à la coque géant.: là, deux défauts.
1°) Je n'ai pas touillé les jaunes,
2°) et j'ai laissé un peu d'eau entrer dans la papillote où j'ai cuit les jaunes. Vous le verrez, ils n'ont pas la couleur intense d'un oeuf à la coque cuit normalement.:

J'ai pris des oeufs énormes.:

Procédé : séparer jaunes et blancs et regrouper les jaunes dans un bol recouvert de film alimentaire (nous le plongerons dans une eau à peine frémissante, à 70-75°.C, mais c'est un film Albal "2 en 1" qui résiste à 175°.C, donc pas de problème).

On cuit le blanc au micro-ondes, en réservant l'espace nécessaire au centre pour y mettre le jaune lorsqu'il sera cuit.:

Ça se précise.:

Voilà les jaunes au bout de 7.minutes de cuisson douce à l'eau frémissante. Pour info, le paquet de jaunes pèse un peu plus de 100 g (d'ailleurs ça m'intrigue, je trouve ça peu par rapport au poids maintes fois testé et vérifié de 20.g par jaune d'oeuf de poule).:

On coupe et on répand dans la cavité.:

Pouah c'est nul.! Il fallait indiscutablement touiller les jaunes avant la cuisson. Je l'ai fait après mais c'est loin d'être aussi bien, comme le montre la comparaison avec le jaune de l'oeuf de poule témoin.:


• Autre essai avec touillage préalable des jaunes.:

Meilleure façon de le déguster (...après avoir essayé la mouillette simple, le fagot de mouillettes, la mouillette-cuiller, etc.).: le mieux, le plus comblant, c'est la mouillette-cornet (faite à partir d'une tranche de pain assez fine sinon on s'étouffe) qui présente l'avantage d'être enrobée de jaune à l'extérieur (vous commencez par la plonger dans le jaune tête en avant) et remplie de jaune à l'intérieur (vous la relevez d'un geste habile pour faire entrer autant de jaune que possible dedans).
Ci-dessous, un pain aux céréales tout frais coupé, déjà admirable à manger tout seul.
Alors là, je vous le promets.: c'est une réussite absolue, un paradis un peu frustrant encore (je crois que c'est dans la nature même du jaune d'oeuf, comme dans celle de l'amour passionnel, de ne jamais rassasier) mais un paradis à vivre absolument...

• Fin des essais ratés ! Récapitulatif de l'essai quasi parfait.:
— Vous mettez 6.jaunes d'oeuf dans un bol tapissé de 2.épaisseurs de film alimentaire sinon risque de crevaison ou de fuite (l'intérieur huilé au pinceau sur les bords pour que les jaunes n'attachent pas) et vous les mélangez doucement à la fourchette.:

— Vous serrez en papillote et vous fermez bien hermétiquement (surtout, pas d'infiltration d'eau qui dénaturerait le jaune.!) puis vous plongez dans l'eau à peine frémissante pendant 7 minutes.:

— Vous cuisez le blanc au micro-ondes, à puissance moyenne (surtout pas à la puissance maximum, ça donne un blanc dur et brûlant) et en 4 ou 5.fois. Je dirais, pour 6.blancs d'oeuf, puissance 60.% en série de 5.fois 30.secondes. Ici, j'ai enveloppé une pomme de terre de film alimentaire, c'est ce qui donne la meilleure forme.:

— Vous crevez le sac de jaune d'un petit coup de ciseau précautionneux (pour ne pas éclabousser partout).:

Ça y est.:

— Faites attention de ne pas vous brûler. On le voit ici à la condensation sur le verre, c'est vraiment archi brûlant.:

Malheur.! C'est trop beau un si gros jaune...

Quand je vois ça j'ai envie de tout manger d'un coup... mais puisque je me tue à vous dire que c'est impossible.! ;-)

"Petit cornet de la mort" (oui oui, mourir de plaisir, ça existe, ça a failli m'arriver...).:

(Sur cette photo-là, je vous conseille de cliquer un petit coup pour vous mettre en appétit...)
Et si vous voulez voir de vrais oeufs d'autruche, reportez-vous vite à l'échange de commentaires avec reves30 !
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Super ton article sur l'oeuf à la coque.C'est mon repas préféré en solo! et ton idée de préparation ne m'avait jamais effleurée
On sent la volonté d'aboutir!! En plus des mouillettes, j'aime bien aussi tremper des petites asperges vertes ou blanches.
Encore Merci pour cet écrit