Ça m'a saisie comme une rage de dents : un truc instantané et insupportable qu'il faut régler de toute urgence.

Mon boulot me tue à petit feu, je n'exagère pas. Il m'a fait perdre le sommeil depuis des années.

Je continuais quand même, à cause des difficultés que ça créerait inévitablement à tout le monde si je faisais défaut.

Personne n'est irremplaçable, dit-on ?... Pffff, tout le monde aimerait tant que ce soit vrai ! Mais prenez un fils unique qui s'occupe de sa mère grabataire avec strictement personne autour pour prendre la relève, et imaginez qu'il lui arrive quelque chose. Qu'on le veuille ou non, ça existe bien, ces situations où un individu, à cause des circonstances dont il s'est accommodé de fil en aiguille ou qu'il a lui-même créées, acquiert une motivation et une compétence spécifiques qui ne sont pas objectivement remplaçables. Il devient le pivot de quelque chose. Ce "quelque chose" peut souvent être préservé en partie après son départ, mais jamais aussi bien qu'avant, et malheureusement pas dans la facilité pour ceux qui restent.

Il faudrait donc accepter l'idée que la chose meure en partie avec votre départ, et que d'autres supportent une charge de travail accrue sans y avoir été préparés et s'y sentir aptes : pas très facile.

En deux minutes, j'ai quand même décidé d'arrêter tout ça, de stopper net. C'était le jeudi de l'Ascension, ça m'a paru un symbole encourageant. ;-)
Et puis de toute façon, j'ai éprouvé tout d'un coup un refus total, sans émotion ni stress pour une fois, mais un refus absolument total de continuer.

J'ai rapidement pesé le pour et le contre. Ça a donné une liste de 15 "pour" et seulement 2 "contre".
Les 2 "contre" relèvent à 100 % du scrupule ordinaire qui me ligote. Et le truc le plus parlant, c'est que tout ce qui me concerne moi, vraiment moi, était dans la colonne "avantages".

J'ai prévenu mon employeur le lundi suivant le pont de l'Ascension.
Résultat : je serai libre le 31 décembre prochain à minuit. Libre de me livrer à la fantaisie culinaire, libre de tout ce que je veux. De gagner ma vie en faisant des choses amusantes, au lieu d'essayer de faire des miracles en me soumettant à des plannings qui me rongent les sangs.

Mes proches pourraient éventuellement s'inquiéter d'une décision si rapide et imprévisible, et je sais que c'est le cas de certains.
Il ne faut pas ! C'est une décision parfaite que je ne regretterai jamais, quoi qu'il arrive.

"Saut dans le vide, danger, suicide ?..." J'entends ça ici et là, autour de moi, et c'est très compréhensible, mais ça me fait sourire. Car je sais mieux que personne que c'est précisément dans ces choses-là que je m'enfonçais à coup sûr en restant.

Ce que ma nouvelle liberté donnera en fin de compte, l'avenir le dira et je ne m'en inquiète pas un instant.

Dommage seulement que j'aie tenu à boire autant de champagne le lundi soir (après les discussions éprouvantes de la journée, j'avais vraiment besoin de faire péter le bouchon pour baptiser solennellement ma future nouvelle vie, et j'ai descendu à 80
.% la bouteille que mon adorable maman m'avait apportée, puis à 95.% celle que j'avais achetée en prévision de sa visite et dont elle n'a rien bu tandis que Jacques n'en a pris que trois gouttes symboliques.; maman et Jacques boivent si peu, aïe pour moi.!).
Le mardi a été absolument affreux à tous points de vue, discussions encore plus emportées et difficiles que la veille, sur fond d'intense détresse physique. Une gueule de bois absolument assassine qui n'a commencé à se dissiper que vers 18
.heures, pffff, et encore.

Il y aura certainement des moments difficiles d'ici le 31 décembre mais je pense que je les supporterai sans problème.

("Eeeeeeh oui, ma pauvre chérie... même dans le bonheur il y a des moments difficiles à passer..." rappelle suavement Jean Poiret dans "le Canard à l'orange" à sa femme qui s'apprête, toute stressée par les difficultés que cela fait surgir, à le quitter pour s'enfuir avec son tout nouvel amant. — Quand les choses me semblent dures, je repense à cette scène que j'adore, ça m'aide. Ben oui, c'est vrai après tout : même dans le bonheur il y a des moments difficiles à passer, et c'est toujours utile de se le rappeler... ;-)).

En fait, ce sont essentiellement l
es six prochaines semaines qui vont être terribles pour moi, les journées sont trop courtes pour tout ce que je dois faire.

Mais bon, c'est quand même la joie. Tout ça pour dire que si je déblogue un peu, eh bien quant à vous, comme dirait la journaliste de France
.5.: "bloguez bien.!"

Bon app' et à bientôt ! :-)

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